Résumés et chroniques de livres

Les 3 livres qui ont changé mon cheminement de mère et de professionnelle

Il y a des livres que l’on referme en se disant : « C’était intéressant. »

Et puis il y a ceux qui continuent leur chemin en nous longtemps après la dernière page.

Ils déplacent des croyances. Mettent des mots sur ce que l’on pressentait sans réussir à le comprendre. Nous obligent parfois à regarder là où nous n’avions pas prévu de poser notre regard.

Les trois livres dont je vais parler ici ont fait cela pour moi.

Au départ, je cherchais surtout à mieux comprendre les enfants et les adolescents.

Comme beaucoup de parents, j’ai longtemps cherché des réponses du côté du comportement.

Comment mieux communiquer ? Poser des limites ? Gérer les conflits ? Aider un enfant à gérer ses émotions ?

Des questions légitimes.

Mais au fil de mes lectures, une autre question, beaucoup plus inconfortable, s’est imposée : et si le  développement de nos enfants nous demandait aussi de regarder notre façon d’être en relation avec eux ?

Puis notre manière de réagir ?

Et finalement… ce qui se passe à l’intérieur de nous-mêmes ?

C’est précisément ce chemin que ces trois livres m’ont fait parcourir..

Ce chemin a transformé ma façon d’être avec eux, mais également ma relation à moi-même, aux autres et, plus largement, ma manière d’habiter le monde.

Il a même fini par influencer mon parcours professionnel et par nourrir l’écriture de mon propre livre, Grandir avec son ado.

Cet article participe à l’événement « Les 3 livres qui ont changé ma vie » du site Des Livres pour changer de vie. J’apprécie particulièrement ce site. D’ailleurs mon article préféré est celui-ci : LIVRES À OFFRIR : 10 livres pour changer une vie – Des livres

Table des matières

« Introduction à la psychologie du développement » : quand j’ai cessé de voir l’adolescence comme une « crise »

Le premier livre que j’ai choisi de vous présenter peut sembler, au premier abord, bien loin des ouvrages de développement personnel que l’on associe généralement à l’expression « livre qui change une vie ».

« Introduction à la psychologie du développement – Du bébé à l’adolescent », de Catherine Tourrette et Michèle Guidetti, est un ouvrage universitaire. Il retrace les grandes étapes du développement de l’enfant, depuis la période prénatale jusqu’à l’adolescence, en s’appuyant sur différentes théories de la psychologie du développement.

Piaget, Wallon, Freud, développement cognitif, acquisition du langage, construction de l’identité… Il ne s’agit clairement pas d’un livre que l’on dévore comme un roman.

Et pourtant, certaines de ses pages ont profondément changé ma vision du développement de l’enfant et de l’adolescence.

Surtout, elles ont bousculé une expression tellement courante que nous finissons parfois par ne plus la questionner : la fameuse « crise d’adolescence ».

Et si l’adolescence n’était pas forcément une crise ?

Quand on parle d’adolescence, les mêmes images reviennent souvent : opposition, insolence, disputes, besoin de s’isoler, changement de fréquentations, remise en question des règles familiales…

Comme si tout adolescent devait nécessairement passer par une période de crise.

Or ce livre apporte une lecture beaucoup plus nuancée.

Les auteures présentent l’adolescence comme une période de profondes transformations : physiques, cognitives, affectives, sociales et identitaires. Elles invitent également à distinguer les turbulences transitoires liées à cette période de véritables difficultés psychologiques.

Autrement dit, changement ne signifie pas nécessairement crise.

Cette distinction paraît simple. Elle a pourtant profondément modifié ma façon de regarder la relation parent-adolescent.

Car le mot « crise » place presque automatiquement le problème du côté du jeune.

C’est lui/elle qui traverse une crise, qui devient difficile.

C’est lui/elle qu’il faudrait raisonner, calmer ou remettre dans le droit chemin.

Le mot transition, lui, raconte une autre histoire.

Une transition implique un passage.

Et surtout, dans une famille, lorsqu’un membre change de place, les autres ne peuvent pas continuer à occuper exactement la leur de la même manière.

L’adolescent(e) ne cherche pas seulement à s’opposer : il/elle cherche à devenir lui-même

L’un des passages qui m’a particulièrement marquée concerne l’opposition aux parents.

Le livre explique que l’adolescent(e) doit progressivement prendre de la distance avec son milieu familial pour construire son autonomie et son identité.

Cette prise de distance peut passer par la confrontation.

L’opposition lui permet de se situer par rapport aux adultes qui l’entourent, notamment ses parents. Elle peut même lui permettre d’éprouver la solidité du lien qui continue de l’unir à eux.

Voilà une idée qui change beaucoup de choses lorsqu’on accompagne un adolescent.

Un « non » n’est donc pas systématiquement un rejet.

Une contestation ne signifie pas nécessairement que la relation est en train de se détruire.

Derrière certaines oppositions peut aussi se jouer une question beaucoup plus profonde :

« Est-ce que je peux devenir moi tout en continuant à appartenir à cette famille ? »

L’enjeu de l’adolescence devient alors presque paradoxal : réussir à se séparer suffisamment pour devenir autonome, sans pour autant se retrouver seul.

Trop contrôler ou tout laisser faire : deux impasses

Le livre insiste également sur l’importance du cadre familial.

L’autonomisation de l’adolescent ne peut se construire correctement ni dans un environnement excessivement autoritaire, ni dans une absence totale de limites.

Les parents restent donc nécessaires.

Mais leur rôle évolue.

Les limites posées pendant l’enfance doivent progressivement devenir plus souples afin de permettre au jeune d’évoluer dans ce que les auteures décrivent comme un « espace d’autonomie jalonné de repères ».

Cette expression m’a particulièrement parlé.

Parce qu’elle résume à elle seule l’un des grands défis de la parentalité à l’adolescence : laisser de la liberté sans abandonner le cadre.

Ce n’est ni contrôler chacun des faits et gestes de son adolescent, ni renoncer à toute autorité pour préserver la paix.

C’est accepter une position beaucoup plus subtile : rester le parent tout en reconnaissant que l’enfant que nous avons accompagné jusque-là est progressivement en train de devenir une personne distincte de nous.

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« Qui suis-je ? » : la grande question derrière de nombreux comportements des adolescents

Le chapitre consacré à l’identité personnelle m’a également permis de comprendre autrement certains changements que l’on observe à l’adolescence.

Les goûts évoluent.

Les vêtements changent.

Les fréquentations prennent une importance considérable.

Certaines opinions peuvent devenir beaucoup plus tranchées.

Les projets apparaissent, disparaissent, puis réapparaissent sous une autre forme.

Vu depuis le monde des adultes, tout cela peut parfois donner une impression d’instabilité.

Mais le livre montre combien cette période est liée à un véritable processus de construction identitaire.

L’adolescent explore, expérimente, compare.

Il cherche ce qui lui ressemble et ce dont, au contraire, il souhaite se différencier.

Les travaux présentés dans l’ouvrage mettent notamment en évidence deux dimensions importantes de ce processus : l’exploration et l’engagement.

Avant de pouvoir dire « voilà qui je suis », il faut parfois avoir eu le droit de se demander :

« Qu’est-ce que je pense vraiment ? »

« Quelles sont mes valeurs ? »

« À quel groupe ai-je envie d’appartenir ? »

« Quel avenir est-ce que j’imagine pour moi ? »

Une phrase du livre résume particulièrement bien cette idée : le soi se construit plus qu’il ne se transmet.

Pour un parent, ce n’est pas anodin.

Nous transmettons bien sûr des valeurs, une histoire, des repères, une culture familiale.

Mais notre enfant n’est pas destiné à devenir exactement celui que nous avions imaginé.

Et peut-être est-ce là l’une des parties les plus délicates de notre travail de parent : aider un enfant à devenir lui-même, y compris lorsque ce « lui-même » ne correspond pas complètement à nos projections.

Ce livre m’a obligée à déplacer le regard… vers le parent

C’est probablement là que cette lecture a eu le plus d’impact sur moi.

Parce qu’elle ne m’a pas seulement aidée à mieux comprendre ce que traverse un adolescent.

Elle m’a amenée à me poser une autre question : et nous, les parents, que faisons-nous pendant que notre enfant se transforme ?

Nous pouvons passer beaucoup de temps à attendre que notre adolescent change.

Qu’il soit moins opposant.

Qu’il communique davantage.

Qu’il accepte nos règles.

Qu’il maîtrise mieux ses émotions.

Qu’il retrouve celui ou celle qu’il était « avant ».

Mais si son développement l’oblige à changer, pourquoi imaginer que nous pourrions, nous, rester exactement les mêmes ?

La relation qui fonctionnait avec un enfant de huit ans ne peut pas simplement être reproduite à quatorze ou seize ans.

L’adolescence nous demande elle aussi de renégocier notre place.

De questionner notre façon de communiquer.

De réinterroger certaines règles.

De regarder notre besoin de contrôle.

D’apprendre à poser des limites sans étouffer.

De tolérer davantage de désaccords sans les vivre automatiquement comme une perte d’autorité ou comme une rupture du lien.

Et parfois, tout simplement, de travailler sur nous-mêmes.

C’est probablement l’une des prises de conscience les plus importantes que je retiens de cette lecture :

accompagner un adolescent, ce n’est pas seulement lui demander de grandir. C’est accepter que sa croissance nous oblige, nous aussi, à grandir.

De la « crise d’adolescence » à une transition familiale

Aujourd’hui, je préfère donc parler de transition adolescente plutôt que de réduire cette période à une « crise ».

Non pas parce que l’adolescence serait toujours simple. En effet, le livre aborde également des réalités beaucoup plus difficiles : conduites à risque, violences, décrochage, souffrance psychique, automutilation ou difficultés relationnelles.

Il ne s’agit donc certainement pas de minimiser ce que certaines familles peuvent traverser.

Mais considérer toute adolescence comme une crise nous fait courir un autre risque : celui de pathologiser des comportements qui participent parfois simplement à un processus de différenciation, d’autonomisation et de construction identitaire.

J’en retiens donc surtout ceci : nos adolescents ne sont peut-être pas les seuls à traverser une transition. Leur adolescence nous demande aussi de devenir les parents dont ils ont désormais besoin.

Ils grandissent.

La relation doit grandir avec eux.

Et peut-être que notre responsabilité n’est pas de les empêcher de changer, mais de travailler suffisamment sur nous-mêmes pour pouvoir continuer à leur offrir deux choses dont ils ont encore besoin, même lorsqu’ils prétendent parfois le contraire :

des racines assez solides pour qu’ils puissent s’éloigner, et suffisamment d’espace pour qu’ils découvrent qui ils deviennent.

« Guérir et grandir ensemble » : quand j’ai compris que nos comportements commencent aussi dans le corps

Il y a des livres qui nous apprennent quelque chose. Et puis il y a ceux qui nous donnent envie d’aller vérifier par nous-mêmes jusqu’où cette découverte peut nous mener.

Guérir et grandir ensemble, de Dafna Lender avec Molly Gage, appartient pour moi à la deuxième catégorie.

Sous-titré Restaurer la confiance et l’harmonie familiale, cet ouvrage présente une approche thérapeutique de la relation parent-enfant nourrie notamment par la théorie de l’attachement, la théorie polyvagale et le travail sur la connexion.

Mais ce qui a profondément changé ma vie n’est pas tant la méthode thérapeutique elle-même qu’une idée qui traversait pour moi tout le livre :

nos comportements, nos émotions et même certaines de nos pensées ne peuvent pas être compris uniquement à travers notre volonté ou notre raisonnement. Notre système nerveux autonome participe lui aussi à notre manière d’entrer en relation avec le monde.

Cette découverte a été un tournant.

Et si l’enfant ne faisait pas simplement « exprès » ?

Lorsqu’un enfant crie, provoque, s’agite, se ferme, refuse de parler ou semble totalement absent, notre cerveau de parent cherche très vite une explication.

« Il me défie. »

« Elle fait ça pour me pousser à bout. »

« Il sait très bien ce qu’il fait. »

« Elle pourrait se calmer si elle le voulait. »

Et à partir de cette interprétation, nous cherchons naturellement à corriger le comportement.

Nous expliquons, rappelons les règles, menaçons parfois.

Nous insistons pour que l’enfant parle, nous lui demandons de se calmer.

Dafna Lender invite à regarder aussi ailleurs.

Dans la grille de lecture proposée par la Théorie polyvagale, certains comportements peuvent être liés à l’état physiologique dans lequel se trouve la personne.

Le livre décrit notamment des états d’activation où l’organisme se prépare davantage à combattre ou fuir : agitation, colère, opposition, agressivité, impulsivité…

À l’autre extrême, l’enfant peut se fermer, se retirer, sembler absent, apathique ou incapable d’entrer dans la conversation.

Cette perspective a changé une question essentielle pour moi.

Au lieu de me demander uniquement :

« Comment faire cesser ce comportement ? »

j’ai commencé à pouvoir me demander :

« Que se passe-t-il dans son système nerveux autonome en ce moment ? »

Le déplacement paraît minime.

Et pourtant il change profondément la façon d’entrer en relation.

On ne peut pas toujours raisonner quelqu’un qui ne se sent pas en sécurité

Le livre développe notamment la notion de fenêtre de tolérance : l’idée qu’il existe une zone dans laquelle notre niveau d’activation nous permet de rester suffisamment disponible, connecté et capable de répondre à ce qui se passe.

Lorsque nous en sortons, notre capacité à réfléchir calmement ou à entrer réellement en relation peut diminuer.

Et cette idée m’a permis de comprendre quelque chose de très concret dans la vie familiale :

le bon argument donné au mauvais moment reste un mauvais outil.

On peut avoir raison.

On peut parfaitement connaître la règle.

On peut trouver les mots les plus justes.

Mais si l’enfant — ou le parent — est complètement submergé, ces mots risquent pourtant de ne pas atteindre leur destinataire.

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C’est là que la notion de corégulation m’a particulièrement marquée.

Avant de vouloir réguler mes enfants, j’ai commencé par moi

Voilà probablement ce que ce livre a changé de plus important dans ma vie.

La corégulation repose notamment sur cette capacité du parent à percevoir l’état physiologique de son enfant et à ajuster sa présence pour l’aider progressivement à retrouver davantage de stabilité.

Le livre montre combien la relation passe aussi par tout ce qui n’est pas verbal : le regard, les expressions du visage, la posture, le ton de la voix, les gestes, la proximité.

Autrement dit, nous ne transmettons pas seulement ce que nous disons. Nous transmettons aussi l’état physiologique dans lequel nous sommes lorsque nous le disons.

Et là, impossible de continuer à regarder uniquement du côté de l’enfant.

Comment pouvais-je demander à mes enfants de retrouver leur calme si, intérieurement, j’étais moi-même en état d’alerte ?

Comment pouvais-je leur transmettre de la sécurité lorsque mon propre corps envoyait des signaux de tension ?

Comment pouvais-je accompagner leur régulation sans apprendre à connaître la mienne ?

J’ai donc décidé de commencer par moi.

Je me suis formée à la régulation de mon propre système nerveux autonome.

Et ce qui devait au départ m’aider à mieux comprendre certains mécanismes a finalement transformé bien davantage que ma parentalité.

Quand ma sécurité intérieure a commencé à changer la relation

Au fil de ce travail, j’ai découvert que réguler son système nerveux autonome ne signifie pas devenir une personne parfaitement calme qui ne ressent plus jamais de colère, de peur ou de stress.

Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître ce qui se passe en soi, à retrouver plus facilement un état de sécurité intérieure et à répondre avec davantage de choix plutôt que de réagir systématiquement depuis l’alarme.

Et en travaillant sur ma propre sécurité intérieure, ma manière d’être en relation avec mes enfants s’est transformée.

C’est précisément l’un des aspects de la corégulation qui m’a tant marquée : un parent qui retrouve suffisamment de sécurité peut contribuer à créer davantage de sécurité dans la relation.

Le lien avant la technique

Une phrase apparaît dès le début du livre et donne le ton de tout l’ouvrage : ce ne sont pas d’abord les outils qui rendent le travail efficace, mais le lien, la connexion.

Cette idée est développée à travers trois dimensions importantes : l’ajustement, la corégulation et l’intersubjectivité.

Dit plus simplement : être capable de percevoir l’état physiologique de l’autre, de s’ajuster à ce qu’il vit et d’essayer de comprendre son expérience intérieure.

Cela ne signifie évidemment pas tout accepter.

L’un des passages qui m’a particulièrement intéressée explique qu’un parent peut respecter les idées, les préférences ou les désirs de son enfant sans être nécessairement d’accord avec ses choix.

Cette nuance est essentielle.

Comprendre n’est pas approuver.
Accueillir une émotion n’est pas autoriser tous les comportements.
Créer de la sécurité n’est pas renoncer au cadre.

On peut donc dire non tout en préservant le lien.

Poser une limite sans humilier.

Désapprouver un comportement sans envoyer à l’enfant le message que c’est sa personne elle-même que l’on rejette.

Pour moi, c’est aussi cela, la sécurité relationnelle.

Et si le « problème » n’était pas seulement chez l’enfant ?

Une autre idée du livre m’a profondément interpellée : l’enfant n’est pas considéré comme un individu isolé dans lequel seraient logés tous les problèmes.

L’attention se porte aussi sur la dyade parent-enfant, c’est-à-dire sur ce qui se passe dans la relation.

Le livre propose notamment des questions particulièrement dérangeantes — donc particulièrement utiles.

L’enfant peut-il exprimer ce qu’il ressent sans craindre la colère, le rejet ou les reproches du parent ?

Sent-il que son parent restera présent même lorsqu’il/elle éprouve une forte colère contre lui ?

Se sent-il/elle aimé(e) et regardé(e) pour ce qu’il/elle est, et pas uniquement lorsqu’i/ellel répond aux attentes de l’adulte ?

Ces questions changent radicalement la posture.

Car elles nous obligent à passer de :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez mon enfant ? »

à :

« Qu’est-ce que notre relation lui permet — ou ne lui permet pas encore — d’exprimer ? »

Et la question devient encore plus inconfortable lorsque le livre invite les parents à regarder leur propre histoire d’attachement.

Nos enfants peuvent réveiller des histoires qui ont commencé bien avant eux

Dafna Lender montre, à travers plusieurs situations, combien nos expériences passées peuvent influencer notre façon d’entrer en relation avec nos enfants.

Une réaction parentale très dure peut parfois être alimentée par une histoire ancienne.

Cela ne signifie pas que tout vient nécessairement de notre enfance.

Encore moins qu’il faudrait chercher un traumatisme derrière chaque dispute familiale.

Mais cela ouvre une question que je trouve essentielle :

« Ce que mon enfant déclenche en moi appartient-il entièrement à ce qui se passe aujourd’hui ? »

Parfois, travailler sur soi permet précisément de faire la différence entre ce qui appartient à la situation actuelle… et ce qui appartient à notre propre histoire.

Et cette prise de conscience peut nous redonner une liberté immense : celle de ne pas automatiquement reproduire.

Une découverte qui a fini par changer mon orientation professionnelle

Ce travail autour du système nerveux autonome a eu sur moi un impact auquel je ne m’attendais pas.

Je l’’ai commencé pour mieux me comprendre.

Puis j’en ai observé les effets dans ma façon d’être en relation avec mes enfants.

Mais les changements ne se sont pas arrêtés à la parentalité.

Ils ont influencé ma relation à moi-même.

Ma relation aux autres.

Ma manière de traverser certaines situations.

Plus largement, ma façon d’être au monde.

Cette expérience a été suffisamment importante pour me donner envie d’aller beaucoup plus loin.

Je me suis donc formée afin de pouvoir, à mon tour, accompagner d’autres personnes dans la régulation de leur système nerveux autonome.

C’est assez vertigineux quand j’y pense : un livre m’a conduite à explorer une théorie ; cette théorie m’a poussée à expérimenter sur moi-même ; cette expérience a changé certaines de mes relations ; et cette transformation a fini par devenir une dimension de mon travail auprès des autres.

Voilà pourquoi Guérir et grandir ensemble fait incontestablement partie des livres qui ont changé ma vie.

Ce que je retiens aujourd’hui

Si je devais conserver une seule idée de cette lecture, ce serait peut-être celle-ci :

avant de chercher à contrôler le comportement, cherchons à comprendre l’état physiologique.

Et avant de demander systématiquement à l’enfant de changer d’état, regardons également le nôtre.

Parce qu’un enfant n’entend pas seulement :

« Calme-toi. »

Il rencontre aussi notre voix.

Notre visage.

Notre respiration.

Notre tension.

Notre présence.

Et parfois, l’un des cadeaux les plus précieux que nous puissions lui offrir ne consiste pas à trouver immédiatement les bons mots.

C’est de pouvoir lui transmettre, par notre propre présence :

« Ce que tu traverses est intense. Mais je suis encore là. Et je peux rester en lien avec toi pendant que ça passe. »

C’est probablement là que ce deuxième livre rejoint le premier : nos enfants grandissent, mais leur développement nous invite aussi à faire notre propre chemin.

Et parfois, le changement que nous espérions tant voir chez eux commence silencieusement… par un changement en nous.

« La pratique polyvagale au quotidien » : quand comprendre le rôle de mon système nerveux autonome ne m’a plus suffi

Après avoir découvert la Théorie polyvagale et compris l’influence du système nerveux autonome sur nos comportements, nos émotions et nos relations, une nouvelle question s’est imposée à moi :

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« D’accord, je comprends mieux ce qui se passe en moi. Mais maintenant, qu’est-ce que j’en fais ? »

C’est là que l’ouvrage « La pratique polyvagale au quotidien – 50 exercices pour la sécurité et la connexion », de Deb Dana, a pris une place particulière dans mon parcours.

Le précédent livre m’avait ouvert une porte.

Celui-ci m’a appris à la franchir.

Car Deb Dana ne se contente pas d’expliquer le fonctionnement du système nerveux autonome. Elle nous invite à en faire l’expérience, à l’observer dans notre quotidien et, surtout, à développer progressivement une nouvelle relation avec lui.

Et si je cessais de me battre contre mes réactions ?

Avant de découvrir cette approche, comme beaucoup de personnes, j’avais tendance à considérer certaines réactions comme des problèmes à éliminer.

Pourquoi est-ce que je réagis comme ça ?

Pourquoi est-ce que cette situation m’angoisse autant ?

Pourquoi est-ce que je me mets en tension si rapidement ?

Pourquoi est-ce que je me ferme ?

Pourquoi est-ce que je n’arrive pas simplement à « lâcher prise » ?

Le livre propose toute une série d’exercices pour identifier et observer nos états au fil du temps, reconnaître et cultiver ce qui nous ramène vers davantage de connexion.

Et peu à peu, au lieu de me demander :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

je pouvais progressivement me demander :

« Qu’est-ce que mon système nerveux essaie de faire pour moi en ce moment ? »

Ce qui nous protège peut aussi finir par nous enfermer

L’un des enseignements qui m’a le plus marquée est que le système nerveux autonome apprend par l’expérience.

Il enregistre, anticipe, développe des réponses habituelles.

Certaines de ces réponses ont pu être parfaitement adaptées à un moment de notre existence.

Se mettre en alerte.

Se battre.

Fuir.

Se couper de certaines sensations.

Se faire toute petite.

Contrôler.

Anticiper constamment.

Une stratégie peut avoir été protectrice dans un contexte donné et continuer pourtant à se déclencher lorsque ce contexte n’existe plus.

Cette façon de voir les choses modifie profondément le rapport à soi.

Parce qu’au lieu de considérer certaines réactions comme des défauts de caractère, nous pouvons commencer à les regarder comme des stratégies apprises par un organisme qui cherchait à nous protéger.

Mais Deb Dana apporte surtout une dimension essentielle d’espoir : le système nerveux continue lui aussi à apprendre.

Nos réponses ne sont pas gravées dans le marbre.

De nouvelles expériences peuvent progressivement créer de nouvelles possibilités.

C’est là que ce livre est devenu pour moi beaucoup plus qu’un livre théorique.

La régulation n’est pas un état permanent de calme

Cette découverte a probablement été l’une des plus libératrices.

Lorsqu’on commence à travailler sur son système nerveux, un piège apparaît rapidement : vouloir devenir une personne parfaitement régulée.

Toujours calme, disponible, capable de prendre du recul.

Toujours en sécurité.

Et pour une mère, l’exigence peut devenir encore plus forte :

« Maintenant que je sais tout ça, je ne devrais plus m’énerver. »

« Je devrais réussir à rester calme avec mes enfants. »

Mais ce n’est pas la vision que propose Deb Dana.

Une phrase du livre m’a particulièrement marquée :

« La capacité à revenir à la régulation est l’essence même de la résilience. »

Tout est là.

La résilience n’est pas l’absence de perturbation, ni l’absence de colère, de stress, de tristesse ou de peur.

Nous allons être déstabilisés.

Nous allons parfois nous mobiliser.

Nous allons parfois nous fermer.

Nous allons vivre des journées trop remplies, des conflits, des pertes, des inquiétudes, de la fatigue, des tensions.

La question n’est donc pas : « Est-ce que je vais sortir de mon équilibre ? »

La vraie question devient :

« Est-ce que je sais progressivement retrouver le chemin du retour vers la sécurité intérieure? »

Cette compréhension a changé ma manière d’envisager le travail sur moi.

Je ne cherche plus un état idéal dans lequel rien ne me toucherait.

En revanche, je cherche davantage de flexibilité.

Pouvoir m’activer quand la situation le nécessite puis retrouver le calme.

Ressentir une émotion sans être entièrement gouvernée par elle.

Traverser une période difficile sans perdre complètement l’accès à mes ressources.

Les petits moments comptent beaucoup plus que je ne le pensais

Un autre concept de Deb Dana m’a particulièrement touchée : celui des « lueurs ».

Ce sont ces petits moments où notre système nerveux reçoit un signal de sécurité ou de connexion.

Rien de spectaculaire, parfois.

Un rayon de soleil.

Une musique.

Une promenade.

Un rire.

Un échange avec quelqu’un auprès de qui l’on se sent bien.

Le contact avec la nature.

Un instant de silence.

Une sensation agréable dans le corps.

Le plaisir d’être simplement présente.

Pris séparément, ces moments peuvent paraître insignifiants.

Pourtant, le livre montre  que la transformation ne se joue pas uniquement dans les grands déclics.

Elle se construit aussi à travers ce que nous faisons vivre régulièrement à notre système nerveux.

Ce n’est pas forcément :

« À partir d’aujourd’hui, ma vie change. »

C’est parfois :

« Aujourd’hui, pendant trente secondes, mon corps a compris qu’il pouvait relâcher un peu sa vigilance. »

Puis demain, une nouvelle expérience.

Et ainsi de suite.

Et ces petits moments finissent par dessiner de nouveaux chemins.

J’ai appris à chercher mes propres voies vers la sécurité

C’est précisément là que « La pratique polyvagale au quotidien » porte bien son nom.

Le livre propose cinquante exercices permettant d’explorer différents chemins vers davantage de sécurité et de connexion.

La respiration, bien sûr.

Mais pas seulement.

La voix.

La musique.

Le mouvement.

L’environnement.

La nature.

L’écriture.

La réflexion.

La joie.

Le jeu.

La solitude choisie.

La relation aux autres.

L’appartenance.

La gratitude.

Et cette variété m’a également appris qu’il n’existe pas une technique universelle de régulation du système nerveux.

Ce qui apaise une personne peut en irriter une autre.

Ce qui me fait du bien aujourd’hui peut ne pas être ce dont j’aurai besoin demain.

L’enjeu devient donc moins :

« Quelle est la meilleure technique ? »

que :

« De quoi mon système nerveux a-t-il besoin maintenant ? »

C’est un apprentissage beaucoup plus intime.

Il demande de connaître son propre fonctionnement plutôt que d’appliquer mécaniquement une recette.

Et ce travail personnel a transformé ma façon d’être mère

C’est probablement là que les trois livres de cette sélection se rejoignent.

J’ai commencé ce parcours en voulant mieux comprendre l’enfant et l’adolescent.

Puis j’ai découvert l’importance de la sécurité relationnelle et de la corégulation.

Et progressivement, une évidence s’est imposée :

la qualité de ma présence auprès de mes enfants dépend aussi de ma capacité à être présente à moi-même.

Deb Dana explique que nous pouvons devenir une « ressource régulée et régulatrice », pour nous-mêmes et pour ceux qui nous entourent.

Cette expression résume très bien ce que j’ai expérimenté.

Plus j’ai appris à reconnaître mes propres états, moins j’ai été obligée d’attendre d’être complètement submergée pour agir.

Je pouvais parfois repérer plus tôt :

« Là, je monte. »

« Là, je commence à me fermer. »

« Là, je ne suis probablement plus disponible pour avoir cette conversation correctement. »

Et cette conscience crée un espace minuscule mais suffisant pour qu’une autre réponse devienne possible.

Prendre quelques minutes.

Respirer.

Bouger.

Reporter une discussion.

Chercher du soutien.

Sortir momentanément d’un face-à-face devenu stérile.

Revenir ensuite.

Et ce revenir est devenu presque aussi important pour moi que le fait de ne pas exploser.

Parce qu’une relation saine n’est pas une relation dans laquelle il n’y a jamais de rupture.

C’est aussi une relation dans laquelle le chemin de la reconnexion reste accessible.

Trois livres, un même chemin : grandir avec nos enfants

En regardant ces trois livres côte à côte, je réalise qu’ils racontent finalement quelque chose de mon propre chemin.

Le premier m’a appris à regarder différemment l’adolescence : non comme une crise inévitable, mais comme une période de transition qui oblige toute la famille à réinventer ses places.

Le deuxième m’a amenée à regarder la relation : derrière certains comportements se jouent aussi des questions de sécurité, d’attachement et de régulation.

Et ce troisième m’a ramenée à moi-même : comprendre ne suffit pas. Il faut apprendre à écouter son propre système nerveux, expérimenter, pratiquer et construire peu à peu davantage de sécurité intérieure.

J’avais commencé par chercher des clés pour mieux comprendre les enfants.

Ces lectures m’ont finalement conduite à une conclusion beaucoup plus exigeante : on ne peut pas accompagner quelqu’un très loin dans sa transformation si l’on refuse soi-même de se mettre en chemin.

Et c’est peut-être cela, au fond, que ces trois livres ont changé dans ma vie.

Ils m’ont appris que grandir avec ses enfants ne signifie pas simplement les regarder devenir adultes.

Cela signifie accepter que leur évolution nous transforme, nous aussi.

 

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